Cheick Diabaté, itinéraire tragique d'un joueur pas comme les autres

Jonathan Ferdinand - jeudi 19 avril 2018 1.7k Likes

Pour sauver sa peau en Serie A, Benevento a misé sur Cheick Diabaté, un des hommes providentiels dans le maintien du FC Metz en Ligue 1 l'an passé avec 8 buts en 14 matches. Mais cette fois, la tâche s'annonce hautement plus compliquée puisque le promu italien compte 11 points de retard à 5 journées de la fin de la saison. Un constat qui n'empêche pas l'attaquant malien d'empiler les buts dès qu'il foule les pelouses italiennes. Auteur de deux buts le week-end dernier sur le terrain de Sassuolo, il a porté à trois son nombre de doublé consécutif en championnat. Un record plus vu depuis octobre 2001 et un certain Dario Hübner à l'époque à Piacenza, aujourd'hui en Serie C.

Mais si le Malien est désormais le buteur le plus efficace d'Europe, avec 7 réalisations sur 10 frappes cadrées, son parcours a été semé d’embûches, bien au-delà des "simples" moqueries dont il a souvent été victime. Cheick Diabaté n'était de base pas attiré par la lumière. "Je me voyais passer ma vie à côté de mes parents parce que je me sentais en sécurité", confiait-il à L’Équipe en 2014. "J'avais tout ce que je voulais. On m'avait donné le prénom de mon grand-père, donc mes frères n'avaient pas le droit de m'insulter ou me taper, j'en profitais. Des fois, ma mère me disait : 'Tu crois que tu vas rester toute ta vie à côté de ta mère ?' Tu es un homme, un jour, il faudra partir'. Quand elle me disait ça, je pleurais."

"Trop émotif, trop sensible et attaché à sa famille", Diabaté ne se voyait pas quitter le Mali. Finalement, c'est sa mère qui finira par le quitter alors qu'il n'était qu'adolescent. Un drame familial douloureux pour l'attaquant de 1,94m. "Ça a été très dur. Quand je l'ai perdue, pour moi, la vie ne servait plus à rien." Mais il finira par suivre le conseil de sa mère, Diabaté s'envole pour l'Europe afin de devenir professionnel. Toutefois, en dépit d'un essai concluant avec l'équipe B des Girondins de Bordeaux, en 2006, alors qu'il n'a que 18 ans, l'adaptation est difficile. L'attaquant longiligne ne parle que l'arabe et son dialecte. L'intégration dans le groupe est compliquée. D'autant plus lorsqu'il ne regarde pas dans les yeux son entraîneur d'alors Patrick Battiston.

Diabaté l'acharné

"Chez nous, quand on parle avec un aîné, il faut baisser les yeux, c'est une forme de respect", expliquait Diabaté, qui s'est depuis entretenu avec Battiston. Malgré une acclimatation difficile, l'attaquant s'accroche et finit par devenir le meilleur buteur de la CFA avec 18 buts en 35 matches. Une pige en Ligue 2 à l'AC Ajaccio lancera définitivement sa carrière avec 14 buts en 30 matches. Le fiasco de Nancy l'année suivante - 2 matches joués seulement - n'y changera rien. Diabaté passera six saisons sous le maillot des Girondins pour 50 buts en 127 matches de Ligue 1. Mais la plupart du temps moqué durant sa période bordelaise, c'est à Metz puis Benevento qu'il acquiert une vraie hype autour de lui. Inexplicable mais attendrissante au regard des épreuves qu'il a traversées.

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