"J'avais 14 millions de dollars, et j'ai tout perdu"

Antoine Mérand - mercredi 30 décembre 2020 15 Likes

La vie se chante, la vie se pleure. Elle est changeante, comme les couleurs. Le destin se traduit par des opportunités pour les uns, par la volonté pour les autres, ou parfois les deux. Mais quelque soit la forme sous laquelle se présente cette prétendue destinée hasardeuse, elle n’en reste pas moins indissociable du reste par le simple fait qu’elle est éphémère. Un jour on nous adule, le lendemain on nous oublie. C’est le jeu. Certains finissent la partie lorsque la mort intervient, et prospèrent encore le temps de quelques années de par la mémoire qu’on leur attribue. D'autres perdent le jeu en cours de route, la faute à des vieux démons venant interférer avec la prétendue destinée.

Fabian O’Neill était sur le point de devenir une star du football des années 2000. Né en 1973 à Paso De Los Toros en Uruguay, il signe à 19 ans au club de la capitale, le Club National de Montevideo, où il évoluera durant trois années, de 1992 à 1995. Au terme de 63 matches, le milieu de terrain inscrira 15 buts et aura l’honneur d’endosser le maillot de la sélection uruguayenne à l’occasion de la Copa America de 1993, où il tombera en quart de finale face à la Colombie. Des performances qui impressionneront certaines écuries de football présentes de l’autre côté de l’Atlantique, dans l’autre monde. Le club de première division italienne Cagliari, parvenu à se hisser en demi-finale de l’UEFA en 1994, s’achètera les services du joueur à l’été 1996. Commence alors l’épopée de Fabian O’Neill.

L’envol de Fabian O’Neill

Le joueur alors âgé de 23 ans fait son entrée dans le monde du football européen. Il évoluera au club pendant quatre années, pendant lesquelles il inscrira 12 buts en 120 matches. Du fait de sa technique hors-norme et sa vision du jeu d’une pertinence rare, les supporters de Cagliari lui attribueront le surnom de Mago Rossoblù, que l’on pourrait traduire par Le Magicien. Et malgré une descente en seconde division en 1997, Cagliari remontera dès l’année suivante, porté par un nouveau capitaine : Fabian O’Neill. Rien ne semble pouvoir le faire tomber de son petit nuage, pas même ses soirées arrosées à répétition qui ont contribuées à lui forger sa réputation d’ivrogne auprès des supporters, mais qui semblent malgré tout lui servir de carburant pour tenir le cap. Mais un jour, à force de trop tirer sur la corde, elle lâche.

La chute de Mago Rossoblù

Lorsque la grande Juventus recrute O’Neill en 2000, celui qui était censé atteindre enfin la reconnaissance qu’il mérite se brûle les ailes en plein vol. Evoluant aux côtés d’Inzaghi et d’Alessandro Del Piero, il sera le petit protégé d’un certain Zinédine Zidane, qui dira de lui qu’il est le meilleur joueur (à cette époque) qu’il ait vu jouer. Pourtant, O’Neill ne disputera que 19 matches cette saison-là. Le problème ? Il est alcoolique. Et si sa forme olympique résultait d’un jeune âge où rien n’est impossible, il a désormais 27 ans. C’est alors que tout s’écroule. La Juventus se sépare de lui.

Transféré à Péruse en 2002, il ne jouera que neuf matches. Comme un cadeau du ciel ou seulement une rédemption avant la fin de son aventure, il est sélectionné avec l’Uruguay pour disputer la Coupe du monde 2002 en Corée du Sud, mais il ne jouera pas un seul match. L’année suivante, O’Neill reviendra en terre conquise en signant de nouveau avec Cagliari. Mais là encore, il ne rentrera jamais sur le terrain. C’est alors l’heure de plier bagage et de revenir aux sources : il dit adieu à l’Europe et s’engage avec son premier club, le Club National de Montevideo. Il disputera 5 matches avant de jeter l’éponge. Il n’a même pas trente ans.

Retour à une vie pieuse et sans argent

Lorsqu'il revient dans sa ville natale, à Paso De Los Toros, il n’est pas pourtant pas ruiné. Mais un matin, alors qu’il est plus entamé que jamais par ses excès de la veille, il achète 1104 bestiaux contre 250 000 dollars lors d’une vente aux enchères.

Si cette triste anecdote vous esquisse un sourire aux coins des lèvres, le principal intéressé revient sur son histoire avec beaucoup d’abnégation :

« Au total, j’ai eu 14 millions de dollars et j’ai tout perdu. J’ai eu des tonnes d’amis et aujourd'hui, je vis avec une dizaine de vagabonds comme moi, on s’entraide. Mais ça ne me dérange pas d’être pauvre, je n’ai jamais voulu être du côté des riches. J’ai assez pour m’acheter à boire. Manger, je peux manger du riz avec des œufs, c’est pareil. Des chevaux lents, des femmes rapides et beaucoup de paris, voilà pourquoi il ne me reste rien », déclarait-il dans une interview accordée au média espagnol El País en 2017.

Rattrapé par son enfance pauvre et bercée par l’alcoolisme, Fabian O’Neill est un nom de plus dans le triste tableau des légendes à la destinée tragique. Aujourd'hui, il vend des légumes dans l’épicerie-bar la Nueva Lata, à Paso De Los Toros. Hier, il jouait avec Zidane.

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