L'incroyable histoire de Fritz Walter, le joueur qui a échappé au goulag

Jonathan Ferdinand - samedi 12 janvier 2019 698 Likes

Aujourd'hui, on adule Pep Guardiola pour sa science. Hier, c'est Gusztáv Sebes que le microcosme du ballon rond admirait, l'entraîneur de la grande Hongrie, finaliste de la Coupe du monde 1954. Sebes était un homme brillant, au projet de jeu révolutionnaire pour l'époque. Mais malgré ses idées novatrices, il ne gagnera pas ce Mondial 54, alors qu'il reste sur une série de 31 victoires consécutives. La faute au « Miracle de Berne » et ce retour incroyable de l'équipe d'Allemagne de l'Ouest qui, pourtant menée 2-0 en finale au bout de huit minutes, parvient à s'imposer 3-2 dans un match d'anthologie.

Dans les rangs de cette équipe ouest-allemande joue un certain Fritz Walter, dont le destin aura toujours été lié au football. S'il sera à jamais associé à ce come-back incroyable en finale de Coupe du monde, il restera aussi dans l'histoire du football allemand pour ses statistiques folles : 600 buts en 445 matches. Pour certains, il est même considéré comme l'un des meilleurs joueurs allemands de l'histoire avec Gerd Müller. À la différence de son contemporain, Walter connaît la Seconde Guerre Mondiale. Le conflit stoppe sa carrière. Mobilisé par la Wehrmacht, il est envoyé en Lorraine en 1942 en tant que fantassin. Il jouera d'ailleurs pendant ce temps pour le TSG Diedenhofen, aujourd'hui FC Thionville, la Lorraine étant à l'époque annexée. Mais c'est après la guerre que le destin de Walter a basculé dans le bon sens. Et là encore, le football est de mèche.

Le ballon, histoire d'une vie

Une fois la guerre terminée, Fritz Walter est fait prisonnier par l'Armée Rouge. Il se retrouve enfermé avec ses compagnons dans un camp, à Sighetu Marmatiei, en Roumanie. Pour s'occuper, les gardes du camp jouent au foot quand soudain, le ballon arrive au niveau de l'Allemand. Dans un premier temps, il la rend proprement sans faire de vagues. Mais le ballon finit par revenir et là, Fritz Walter s'en empare, rentre sur le terrain et marque d'une belle frappe entre les deux bonnets formant le but. Les gardes le questionnent. Il répond qu'il a déjà joué pour la Mannschaft. C'est alors qu'un Hongrois, qui avait vu un certain Hongrie-Allemagne (3-5) de 1942, finit par le reconnaître et l’emmène devant le Maréchal Joukov. Ce passionné de football se montre alors clément et lui épargne le goulag.

Fritz et son frère Ludwig pourront alors rentrer chez eux le 28 octobre 1945. La parenthèse de la guerre passée, l'épisode du camp terminé, le milieu reprendra le chemin des terrains avec toujours le même maillot, le seul qu'il a vraiment aimé : celui du FC Kaiserslautern. Club avec lequel il aura inscrit 327 buts en 384 matches. Courtisé par l'Atlético de Madrid et l'Inter Milan, il restera fidèle toute sa vie aux « Diables Rouges ». En 1959, à l'âge de 38 ans, Fritz joue son dernier match pour Kaiserslautern. En 1985, 26 ans plus tard, le stade du club de Rhénanie est rebaptisé Fritz-Walter-Stadion. Histoire de boucler la boucle et de relier à jamais ce nom au football, comme il l'a toujours été, même dans les pires circonstances. 

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