Le hors-jeu, c'était mieux avant

Clément P. - mardi 10 mars 2020 0 Like

Toujours incapable de faire l’unanimité depuis son intronisation au plus haut niveau en 2016, la VAR fait encore parler d’elle en ce début d’année. Une énième polémique, venue cette fois d’Angleterre, qui nous fait dire que, décidément, le hors-jeu, c’était mieux avant.

À un pied du bonheur, du retour parfait. Après 79 jours sans jouer, Olivier Giroud a enfin refoulé une pelouse de Premier League, le 17 février dernier. Celle de Stamford Bridge, pour un choc entre Chelsea et Manchester United. L’occasion pour lui de montrer à son coach Franck Lampard qu’il est toujours un joueur de foot. Et accessoirement de reparaître sur les radars de Didier Deschamps à quelques mois de l’Euro. À la 77e minute, l’attaquant tricolore croit réaliser un come back idéal en relançant des Blues alors menés 2-0. D’une tête rageuse, il propulse le centre de Mason Mount au fond des filets. Célébrations ! Hésitation. Puis déception… Le Français est hors-jeu pour quelques centimètres de son pied droit. Le but est annulé.

Ce n’est pas la première fois que l’Angleterre est confrontée à l’annulation d’un but pour une position illégale millimétrique. Le 29 décembre dernier, Wolverhampton tombe dans l’antre du leader Liverpool, sur le score de 1-0. Pendant la rencontre, les Wolves voient un but leur être refusé du fait d’un hors-jeu, là aussi de quelques centimètres à peine. Après trois minutes de tergiversation à observer les images de l’action, les arbitres tranchent : but non valide.

Tollé en Albion ! Supporters et journalistes de tout bord s’insurgent contre cette décision. Il faut dire qu’ils ne sont pas encore habitués à ce type de polémiques arbitrales, la VAR n’étant arrivée sur leur île qu’au début de cette saison. Elles ne sont pourtant pas rares dans les autres championnats équipés du dispositif vidéo. Lors de la première journée de série A italienne, Ronaldo avait lui aussi été privé d’un but dans les mêmes conditions face à Parme.

Les moyens justifient la fin

Les résultats obtenus par la VAR dans ce genre de situation sont problématiques à plusieurs titres. Premièrement, même si cela reste la minorité des cas, les images sensées attester du hors-jeu ne sont pas tout le temps d’une clarté absolue. La technologie a ses limites. Ce qui entraîne des situations ubuesques, dans lesquelles on planche des minutes entières sur des images dont on ne peut rien tirer, et qui vont en définitive faire l’objet d’une interprétation humaine. Retour à la case départ : on aurait gagné du temps, ménagé le rythme et la tension du match, en laissant l’arbitre central juger selon son intime conviction comme cela se passait avant l’intronisation de l’assistance vidéo.

En revanche, si parfois le recours à la VAR n’éclaircit en rien une situation, il convient tout de même de reconnaître que la majorité du temps, le dispositif est efficace. Mais ce qui pose problème, c’est le principe même de son utilisation. Et les possibilités qui en découlent. Comment reprocher aux arbitres d’être tatillons au point de juger les hors-jeu au centimètre, alors qu’on leur en donne la possibilité technique ? Il y a une règle, la loi 11 du football, qui indique qu’« un joueur est hors-jeu si n’importe quelle partie de la tête, du tronc ou des jambes se trouve dans la moitié de terrain adverse (ligne médiane non comprise) ; et que n’importe quelle partie de la tête, du tronc ou des jambes se trouve plus près de la ligne de but adverse que le ballon et l’avant-dernier adversaire ».

Il en découle un état de fait binaire : on est hors-jeu, ou on ne l’est pas. Il est donc légitime que même si ce n’est que d’un centimètre, dès lors qu’un joueur est potentiellement hors-jeu, les arbitres cherchent à le déterminer. La VAR étant, dans ce processus décisionnel, un outil de choix.

Dispositif anti-sportif

Quel est le souci dans ce cas ? Eh bien, c’est que la VAR va à l’encontre de l’esprit du foot. Le hors-jeu a initialement été créé pour empêcher que des joueurs campent 90 minutes dans la moitié de terrain adverse. Il s’agissait d’empêcher l’attaque d’obtenir un avantage démesuré par rapport à la défense. Mais un hors-jeu qu’on ne peut déceler à l’œil nu ou via une caméra latérale basique, est-il réellement de nature à donner un avantage décisif à l’attaquant dans son duel avec le défenseur ? La finalité aurait-elle été différente sur les buts de Giroud et de Ronaldo, si ces derniers s’étaient retrouvés 10 centimètres en arrière au départ de l’action ?

Non. La vérité, c’est qu’ils ont mieux joué que leurs adversaires directs à ce moment là, qu’ils les ont battus. La preuve, la Premier League réfléchit à une "tolérance" de la VAR pour les hors-jeu. La VAR fait fi des victoires sur le terrain, pour les exporter dans le domaine de la vérité froide et scientifique et de la réglementation rigide et inflexible. Avec cette politique de l’excessivement précis, on tue ce qui fait la base du football : le jeu, le duel et le mouvement. En somme, le football, ce malade imaginaire qui se voyait comme le théâtre d’injustices chroniques, a fait une scène en appelant de ses vœux le renfort de la technologie.

Bilan, la VAR est venue durcir aujourd’hui une règle considérée comme trop molle hier. Mais qui en réalité, en étant plus permissive, laissait le jeu vivre et se réguler par la seule réalité qui vaille : celle du duel remporté sur le terrain.

À découvrir aussi

Tu aimeras aussi

voir la suite des articles

Rejoins la communauté