PSG-OM 1992 : la plus grosse boucherie du championnat de France

Antoine Mérand - dimanche 28 octobre 2018 716 Likes

Ce dimanche, l’Olympique de Marseille reçoit le Paris Saint-Germain pour le choc de la 29ème journée de Ligue 1. Un 94ème Classique dont le principal intérêt est le même que depuis 7 longues années : voir Marseille remporter la partie. Pourtant, il fut une époque où les Parisiens étaient prêts à tout pour faire tomber l’OM.

L’art de la guerre, ou comment transformer les hommes en loups en les montant les uns contre les autres, avec à la clef une récompense qui justifierait les moyens employés.

En 1992, les rôles sont inversés : Marseille vient de remporter les 4 derniers championnats de France, et le PSG est à l’aube d’un « Champions Project », orchestré par l’arrivée de Michel Denisot en 1991 à la tête du club de la capitale. Homme de télévision, le journaliste de Canal+ veut faire du PSG un club référence. Mais dans une époque dominée par Marseille, si les moyens déployés sur le terrain sont insuffisants, il utilisera une arme beaucoup plus puissante : la publicité. Avant les années 90, l’opposition entre les deux clubs ne vendait guère plus de rêve qu’un Bordeaux-Nantes. Mais à force de promotion et de mise en avant du choc entre Marseille et Paris, Denisot et son ami-ennemi Bernard Tapie, à la tête de l’OM à ce moment-là, transformeront à tout jamais cette affiche en Clásico à la française.

Le 18 décembre 1992, le PSG, outsider, reçoit l’OM, grand favori. Pour faire monter la sauce, les dirigeants font circuler en interne un message clair : ce match ne sera pas anodin, ce sera LE match, et il faut le gagner. Le contexte est tendu, et la presse se fait une joie d’avoir quelque chose à écrire : Arthur Jorge, coach du PSG, annonce aux Marseillais dans le journal L’Equipe que sa formation « va leur marcher dessus. » Des propos corroborés par l’un de ses joueurs, David Ginola, qui leur promet « la guerre ».

C’est dans ce climat guerrier que Michel Girard, chargé d’arbitrer la rencontre, donnera le coup d’envoi.

La plus grosse boucherie du championnat de France :

« J’ai arbitré plus de 1.000 matchs dans ma carrière, mais on ne me parle que de celui-là. Ça a marqué beaucoup de personnes. Y compris moi, bien sûr », déclarait Michel Girard en 2016, pour 20 Minutes Sport.

Ce soir-là, il sifflera pas moins de 55 fautes, dont 33 en première mi-temps, pour un total de six cartons jaunes « seulement ». Difficile d’imaginer comment aucun carton rouge n’a pu être distribué, mais Girard se justifie en expliquant s’être dit à lui-même : « Si tu veux que ça aille au bout, il ne faut pas mettre le feu tout de suite. Ce n’était peut-être pas la meilleure option, mais c’était la mienne. J’étais persuadé qu’on ne finirait pas si je cartonnais trop. Alors j’ai essayé de calmer le jeu, de prendre mon temps dans mes interventions. Si je me mets à faire comme eux, c’est la fin. »

Des grands noms du football étaient présents sur la pelouse : Boli, Desailly, Deschamps, Sauzé du côté olympien. Roche, Ricardo, Le Guen, Guérin pour les Parisiens. Ce n’était pourtant plus des footballeurs qui évoluaient dans l’enceinte du Parc des Princes, mais de véritables petits soldats respectant, consciemment ou non, les volontés de leurs dirigeants de faire de ce match un combat obéissant à la loi du Talion : œil pour œil, dent pour dent.

"Rien ne pouvait les calmer", selon Girard."Je voyais dans leur regard que ce n’était pas les mêmes joueurs que ceux que j’avais rencontré et arbitré des tas de fois".

Les Marseillais l'emporteront sur la plus petite des marges, 1-0, grâce à un but du Croate Alen Bokšić à la 21ème minute. Un dénouement qui ferait presque office d'anecdote, tant le contenu était médiocre. Cette année-là, Marseille sera champion de France, mais se verra retirer son titre pour corruption. Le dauphin parisien refusera qu'on lui attribue par défaut, mais le remportera dès l'année suivante. Bien joué Denisot.

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