Le jour où le sélectionneur des Bleus a failli se faire enlever

Florian M. - vendredi 27 avril 2018 382 Likes

L'ancien sélectionneur de l'équipe de France Michel Hidalgo a bien failli connaître un destin très différent de celui qu'il a vécu. Le mardi 23 mai 1978, alors qu'il rejoignait Paris avec sa femme, la veille du départ de la France pour le Mondial 1978 en Argentine, Hidalgo a été victime d'une tentative d'enlèvement. Sélectionneur des Bleus depuis 1976, il devait rejoindre la gare de Bordeaux afin de retrouver le groupe France pour partir en Argentine le lendemain.

Relativement pressés pour ne pas manquer leur train, Michel Hidalgo et sa femme Monique venaient de profiter d'un week-end en Gironde. Le couple a pris la route le mardi matin avec Michel au volant. Alors en train de traverser la commune de Saint-Savin, - à une cinquantaine de kilomètres au nord de Bordeaux - ils ont vu une voiture forcer leur véhicule à s'arrêter sur une route peu fréquentée. Deux hommes, dont un armé, sortent du véhicule et l'un d'eux ordonne à Michel Hidalgo de le suivre dans le sous-bois, tandis que l'autre reste dans la voiture avec la femme de ce dernier. Se retrouvant avec un canon pointé dans son dos, le sélectionneur de l'époque n'a aucune échappatoire et tente donc le tout pour le tout. Il se retourne par surprise, et arrive à faire tomber l'arme des mains de son agresseur. Michel Hidalgo saisit le pistolet et maîtrise désormais la situation.

Les deux bourreaux, qui débutaient probablement dans le milieu, s'enfuient sous le coup de la panique. Avant de rejoindre la gare, le couple Hidalgo se rend au commissariat pour déposer plainte et rendre l'arme à la police. Mais le coup de pression aurait presque poussé le sélectionneur des Bleus à la démission, comme il l'a confié dans le journal de Jean-Pierre Pernaud par la suite.

Un Mondial au contexte tendu

A cette époque, l'Argentine est entre les mains du sinistre dictateur Jorge Videla depuis 1976. La question de participer au Mondial se pose donc pour l'équipe de France. Car le pays hôte ne connaît pas la meilleure actualité géopolitique du moment. Cependant, la France n'a pas participé à une Coupe du monde depuis 1966, en Angleterre. C'est donc un vrai dilemme pour la fédération, qui doit envoyer ou non, une équipe pour participer au tournoi. Plusieurs mois avant le début de ce dernier, Amnesty International recense près de 10 000 assassinats et 15 000 personnes disparues dans le pays, depuis le coup d'état. Des chiffres sur lesquels la FIFA préfère fermer les yeux. Certains pays font de même, et souhaitent juger la gravité de la situation directement sur place. Pour Michel Hidalgo, "la politique est une chose, le sport en est une autre." Et le gardien des Bleus Jean-Paul Bertrand-Demanes de l'époque ajoute : "Moi, je suis un professionnel du football, pas un politique. Qu'on ne me demande pas de mélanger les deux."

Johan Cruyff décide de boycotter

Après 12 ans d'absence à la Coupe du monde, il est inadmissible pour deux-tiers des Français que les Bleus ne participent pas à la compétition. Depuis 1966, l'équipe de France court derrière une qualification pour les phases finales. Et ce n'est pas une dictature qui va arrêter les supporters et les joueurs. Pourtant, certains pays comme la Suède, l'Allemagne ou les Pays-Bas haussent le ton et font monter la pression. Des voix s'élèvent en effet pour l'annulation de l'édition 1978 du Mondial, à l'image de Johan Cruyff et Willem van Hanegem, qui refusent de se rendre en Argentine. Incroyable.

Finalement, le tournoi se jouera, et verra l'Argentine remporter la première Coupe du monde de son histoire, devant son public, en battant les Pays-Bas, privés de Cruyff, 3-1 après prolongations. Et c'est le dictateur du pays en personne qui remettra le trophée au capitaine de l'Albiceleste Daniel Passarella. Un moment à jamais gravé dans l'histoire du football.

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