Pourquoi les poteaux du Mondial 1978 avaient des bandes noires

Jonathan Ferdinand - vendredi 13 juillet 2018 2.2k Likes

Rien de plus anodin que des montants de but. Et pourtant, sans eux, le football serait fade, comme dans la cour de récré quand le ballon passe au-dessus du manteau, de la veste et que le jeu s'interrompt amèrement. Pourtant un poteau, une transversale, c'est tout une légende. D'abord carrés puis ronds, les montants n'ont cessé d'écrire l'histoire, demandez aux malheureux Stéphanois de 1976 ou à David Trezeguet un soir de 9 juillet 2006. Preuve que les poteaux auraient autant de choses à raconter que les joueurs si parole ils avaient, comme l'anecdote des bandes noires sur ceux de l'Estadio Monumental de Buenos Aires lors de la Coupe du monde 1978.

En 1966, la FIFA accorde à la nation ciel et le blanc la tâche d'organiser le Mondial douze ans plus tard. Une décision maintenue par l'instance internationale malgré la dictature militaire qui se met en place en 76. Dans le pays, la répression est extrêmement violente. Les opposants sont jetés dans le Rio de la Plata depuis un hélicoptère ou faits prisonniers dans des salles de tortures. La plupart d'entre elles ne sont même pas installées dans des coins retirées. Plusieurs milliers d'Argentins disparaissaient. Des joueurs de l'Albiceleste perdent même des proches. "Ne gagnez pas pour les généraux mais pour les disparus, pour vos proches, pour le peuple", répétera maintes fois le sélectionneur argentin César Luis Menotti à ses joueurs. Discours qui portera ses fruits puisque les coéquipiers de Daniel Passarella soulèveront le trophée. Reste cette histoire de poteaux.

Intrigué par ces montants bicolores durant sa jeunesse, David Forrest, devenu journaliste pour le Guardian, percera ce mystère argentin en 2017. Au cours de son enquête à Buenos Aires, le britannique assiste à un Super Clasico au Monumental entre River Plate et Boca Juniors. Il constate que les poteaux sont entièrement blancs, plus une trace de noir ne demeure sur les montants. Il s’interroge et au fil de ses rencontres, parvient à mettre la main sur un certain Ezequiel Valentini, préposé à l'entretien de l'enceinte de River en 78. Et ce Valentini va libérer Forrest de cette interrogation qui l'habite depuis si longtemps : "Dans notre famille, notre entourage, nous avions tous quelqu’un qui avait disparu, qui était torturé quelque part… Même les joueurs de l’équipe nationale. Ils auraient dû tous porter un brassard noir. Aucun n’a pu le faire. Alors ce brassard noir, on l’a peint sur les poteaux."

Une forme de contre-pouvoir

Un moyen de contester la junte militaire au pouvoir, d'ailleurs, les généraux ne s'apercevront de rien. La FIFA ne se doutera de rien non plus puisque les organisateurs évoquaient une "tradition argentine". Que nenni. En 2017, l'article de Forrest pour le Guardian est une vraie révélation, repris massivement par les médias argentins. Ces bandes noires resteront comme un pied de nez à la dictature, à la répression qui, elle, a fini par disparaître en 83, soit trois ans avant la deuxième victoire en Coupe du monde de l'Albiceleste de Maradonna.

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